Wednesday, 22 October 2014

Marguerite Yourcenar, Mémoires d'Hadrien

Éditions Gallimard 2001







Lu du 18 février au 14 mars 2013

Mon vote: 



Umberto Eco affirmait quelque part que la principale fonction de la littérature ne serait pas celle esthétique, mais – ontologique, vu qu’en dépit des jeux de la hypertextualité elle reste unchangeable, non modifiable, ainsi nous enseignant sur le destin et la mort.



Dans un premier temps, il m’a semblé que cette fonction s’applique également à l’histoire, dont le sort des héros est aussi immutable que celui de Madame Bovary, par exemple. Maintenant je n'en suis plus si sûre. Hadrien est à la fois un personnage historique et littéraire et il fait grande figure dans les deux domaines. Pourtant, les hésitations historiques estompent, dépersonnalisent sa figure pendant que les Mémoires la rendent grandiose, bien que les deux se servent des mêmes sources, car Marguerite Yourcenar, dans le Carnet de notes qui suit son livre énumère soigneusement tous les documents historiques utilisés.




Le résultat ? Une émouvante méditation sur la société, les relations humaines, la politique, les sentiments et surtout sur la mort, faite par un homme au crépuscule, sur un ton d’une majestueuse tristesse, qui nous laisse avec un indescriptible vague à l’âme :

« Petite âme, âme tendre et flottante, compagne de mon corps, qui fut ton hôte, tu vas descendre dans ces lieux pâles, durs et nus, où tu devras renoncer aux jeux d’autrefois. Un instant encore, regardons ensemble les rives familières, les objets que sans doute nous ne reverrons plus… Tâchons d’entrer dans la mort les yeux ouverts… »

Une méditation qui essaie de capturer la vraie nature de l’homme, de le dévêtir pour arriver au cœur des choses, issue d’un perpétuel mécontentement que «…tout ce que nous savons d’autrui est de seconde main. (…) Je ne me lasse pas de comparer l’homme habillé à l’homme nu. ».




Et puis c’est le fardeau de l’éphémère qui hante l’esprit avec la malédiction de l’oubli :

« La mémoire de la plupart des hommes est un cimetière abandonné où gisent sans honneurs des morts qu’ils ont cessé de chérir. »

Tout ce qu’on peut faire c’est de capter cet éphémère, trouver le moment de la révélation et d’emprisonner cette épiphanie dans l’art, car: « Les figures que nous cherchons désespérément nous échappent : ce n’est jamais qu’un moment… »




C’est ce que convoite ce roman fait de mémoires, fait d’une voix. La voix d’un grand empereur, "traduite" en français par une grande écrivaine.



Comme la statue d’Hadrien en robe grecque, considérée pendant plus d’un siècle un symbole de son amour pour la culture hellénique pour s’avérer avoir été "traduite" à l’époque victorienne à partir de la tête d’Hadrien mise sur le corps d’un inconnu. Devant laquelle on se pose la question si l’authenticité est bien définie dans les dictionnaires. On essaie toujours de remplir le vide du passé à l’aide de l’imagination : quand on ne reconstruit pas, on simule – le Colisée ou le Parthénon à l’aide de l’ordinateur, on produit –des documents apocryphes, on déduit – la raison de quelque décision douteuse, on invente – des années perdues. Toute notre culture est un « fill in the blanks » quand elle n’est pas un palimpseste. Parfois, la reconstruction est géniale, plus vraie que la soi-disant réalité. Comme l’affirme l’auteur même :

« Quoi qu’on fasse, on reconstruit toujours le monument à sa manière. Mais c’est déjà beaucoup de n’employer que des pierres authentiques. » 

Il a fallu plus d’un siècle pour se rendre compte qu’une statue emblématique n’était point génuine. Il faudra plus d’une éternité pour prouver si c’est Hadrien ou non qui parle dans ces Mémoires.

D’après moi, il parle de sa vraie voix. Moi, j’y crois.

2 comments:

  1. Na, că mi s-a făcut dor să o recitesc. Marguerite, adicătelea. Favoritele mele rămân Poveștile orientale. ��

    ReplyDelete
    Replies
    1. Pe care eu nu le-am citit. S-a notat, mai ales ca mie îmi place foarte mult cum scrie.

      Delete