– Gallimard, 1989 ISBN 2-07-037433-5
Lu du 22 mai au 8 juin 2015
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Le droit à la médiocrité
« Lorsque pour un effet déterminé on met en
jeu le minimum de gestes, cela s’appelle la grâce. » (Anton Tchekhov)
J’avais oublié l’ineffable atmosphère de
la littérature russe, avec ses héros à au moins trois noms (sans compter les
diminutifs) parmi lesquels tu risques de te perdre si tu ne fais pas attention
en tout temps, avec ses paysages qui alternent l’étendue infinie des steppes et
l’encombrement claustrophobique de petites villes, avec ses maisons où les domovoi, ces mystérieux esprits du foyer, accompagnent de leur chant plaintif au fond de
la cheminée les discussions interminables sur le progrès, l’âme russe et le
destin.
Cette atmosphère commune à toute la grande
littérature russe bien que rendue unique par chaque auteur, on la retrouve
pleinement dans l’anthologie d’Anton Tchekhov, Le duel et autres nouvelles, recréée dans des lignes si simples, si
austères, si dénouées du tragisme, qu’à la fin de la lecture on est émerveillée
d’avoir presque tout compris, d’avoir presque tout saisi, bref, d’y être. Mais
peut-on vraiment comprendre ce qui l’auteur même appelait, dans une lettre à
Gorki, l’état de grâce de l’artiste ?



















