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Monday, January 31, 2022

Gaétan Soucy, « La petite fille qui aimait trop les allumettes »

 -ebook


 

Lu du 20 au 27 janvier 2022

Mon vote : 


 

 

Dans La petite fille qui aimait trop les allumettes, le roman au titre andersenien de Gaétan Soucy, tout comme dans le conte auquel il fait allusion, c’est la figure du père, absent mais pas moins effrayant, qui décide le cours de l’action. Ajoutez à cela la phrase de Ludwig Wittgenstein cité dans le moto du livre, « Tout le problème vient de ce que les douleurs sont toujours représentées comme quelque chose que l’on peut percevoir, au sens où on perçoit une boîte d’allumettes », et vous aurez une première clé de lecture d’un roman fascinant non seulement par ses accents mythiques et fabuleuses mais aussi par son allégorisme, son introspection et son langage hermétique.

Sunday, December 12, 2021

Jean Michel Guenassia, « Le club des incorrigibles optimistes »


Lu du 17 septembre au 25 novembre 2021

Mon vote :


J’essaie de me souvenir qui m’a recommandé Le club des incorrigibles optimistes, de Jean Michel Guenassia, que j’ai mis sur mon étagère « to-read » de GoodReads il y a longtemps (en 2014!) sans le spécifier, comme je fais d’habitude. Je pense quand même qu’il s’agit de Sc@p (dont l’excellente critique, en italien, peut être lue ici) et, si tel est le cas, je te remercie infiniment, mon ami, de m’avoir offert l’opportunité d’une lecture vraiment enrichissante!

Le roman a un double fil narratif : le chemin vers maturité du narrateur Michel Marini, (pendant une période de cinq ans, du 1959 au 1964), et les histoires fragmentées de quelques immigrants de l’Europe d’Est, qui avaient fui le communisme en abandonnant leurs familles, amis et souvent une maison confortable, pour une situation précaire, car leurs diplômes n’étant pas reconnus en France ils doivent souvent accepter des jobs journaliers mal payés.

Wednesday, March 31, 2021

Pascal Bruckner, « Parias »

 – e-book

 


Lu du 15 février au 25 mars 2021

Mon vote : 


 

Ça fait tellement longtemps que l’écriture de Pascal Bruckner me fascine, plus d’un décennie, je pense, quand je l’ai découvert d’abord avec Lunes de fiel, qui m’est tombé je ne me souviens plus comment entre les mains, puis avec Les voleurs de beauté. Dès lors, l’auteur est devenu l’un de mes écrivains préférés et pourtant pour un temps je l’ai mis de côté et presque oublié.

Eh bien, Parias m’a rappelé toutes les raisons pour lesquelles je l’aime, car j’ai redécouvert dedans ses anti-héros ténébreux, ses descriptions en filigrane, ses incursions narratives en abîme de l’âme.

Thursday, December 24, 2020

Pierre Bayard, « Comment parler des livres que l’on n’a pas lus »

  - ebook

 


Lu du 8 au 16 décembre 2020

Mon vote : 


 

 

J’étais sûre, avant de lire l’essai de Pierre Bayard (et à vrai dire, c’était la raison pour laquelle je voulais le lire), que son titre, Comment parler des livres que l’on n’a pas lu, annonce un de ces livres self-help ironiques, tellement fait partie de nos préjugés culturels l’interdiction de parler d’une œuvre sans la connaître. Eh bien, après l’avoir « parcouru », je peux finalement, trente ans après, ne plus me sentir coupable en me rappelant les examens de littérature à l’université, pour lesquels, découragée devant l’immense bibliographie, je trichais souvent en lisant seulement les critiques qui me donnaient une idée sur les contenus. En effet, il semble que, dans le fond, j’avais trouvé la meilleure façon d’en parler !

Tuesday, December 8, 2020

Roland Barthes, « Fragments d’un discours amoureux »

  – e-book


 

Lu du 16 au 27 novembre 2020

Mon vote : 


Généralement, les approches ludiques de Roland Barthes me fascinent, pourtant j’ai trouvé que dans ses Fragments d’un discours amoureux elles sont (juste) un peu forcées.

Peut-être parce que je m’attendais à un essai semblable à l’éblouissant Plaisir du texte (dont j’ai écrit – en anglais – quelques mots ici) où, au lieu de lanalyse sur texte que le titre semble suggérer, on est mis devant un fascinant portrait du texte devenu corps, non seulement concret mais sexuellement chargé – intellectuellement parlant, bien sûr, ce qui rend le tout encore plus incitant. (Il est vrai, il y a une certaine liaison entre les titres et les thèmes des deux œuvres, dans leur effort de la traduction d’une émotion dans un signe linguistique et vice versa  - ce qui n’a rien d’étonnant, bien sûr, vu que l’auteur est un fameux sémiologue).

Tuesday, May 8, 2018

Charles Robert Maturin, « Melmoth ou l’homme errant »

 – e-book


Lu du 3 avril au 7 mai 2018

Mon vote :



Ceux qui connaissent l’habitude que je me suis faite depuis longtemps de lire un livre dans la langue dans laquelle il a été écrit (à condition que je la connaisse, bien-sûr), ou, sinon, dans la traduction roumaine, seront peut-être étonnés de voir ma critique du roman de Charles Robert Maturin en français. Mais (et c’est la deuxième fois que cela m’arrive, après Le prophète de Khalil Gibran ) quand je l’ai commencé, j’étais convaincue que je lisais dans la bonne langue, je ne sais pas pourquoi (peut-être parce que j’avais déjà le e-book comme ça et de plus je me souvenais que Balzac avait écrit une suite à ce roman). 

En tout cas, même si je me suis rendu compte après les premières pages de mon erreur, j’ai continué la lecture parce que la traduction m’a paru vraiment bonne et j’ai considéré qu’il ne valait pas la peine de chercher l’original anglais – que j’aurais probablement trouvé sans trop de difficultés, étant donné qu’il s’agit d’une œuvre du début du XIXe siècle. 

Thursday, April 12, 2018

Georges Perec, « La vie mode d’emploi »

- e-book



Lu du 16 février au 5 avril 2018

Mon vote : 


Assise devant son ordinateur, elle est en train d’écrire la critique du livre de Georges Perec, La vie, mode d’emploi. Derrière le document Word ouvert dans une petite fenêtre (c’est une habitude à elle de ne pas occuper tout l’écran avec un document) on peut voir sur le bureau, autour d’une photo qui occupe le centre, une pêle-mêle d‘icônes : fichiers (« documents-travail », « utiles », « personnel », « let-ferm », « fichiers-divers-bibliothèque », « tablette-livres »), un document pdf (« Pablo Neruda, Selected Poems in Translation »), un document Excel (« boites-archivage ») et quatre documents Word (« dictionnaire immobilier », « 355 Georges Perec, La vie mode d’emploi », « 37 John Edward Williams, Augustus »et « 23 Galateanu Engleza » les chiffres représentant la page où elle est avec la lecture, sauf pour Perec qu’elle vient de finir mais dont elle n’a pas encore enlevé le dernier numéro de page) ; à droite se trouve la barre de tâches du Mac avec plusieurs programmes épinglés (Safari, EasyFind, Adobe Acrobate Pro, Microsoft Excel, Microsoft Word, iTunes); en haut s’étale la barre d’outils de Word (Fichier, Édition, Affichage, Insertion, Format, Police, Outils, Tableau, Fenêtre, Aide). Au centre, comme déjà mentionné, avec le coin droit couvert par la page Word, il y a une photo qu’elle avait prise dans sa ville natale Piatra Neamt, en Roumanie, il y deux ans : au milieu d’un beau trottoir pavé d’un jeu de grandes dalles rouges et de petites dalles jaunes, en tout premier plan, coupant l’image en deux et trahissant ainsi une profonde insouciance pour la composition ou tout simplement un manque crasse de talent photographique, se lève un pilier sur lequel sont collées quelques feuillets publicitaires. À gauche, sous une rangée d’arbres qui jettent leurs ombres dans la rue, un jeune homme vêtu d’une paire de bluejeans courts et d’un t-shirt gris qui se moule sur un ventre un peu trop rond vient de monter sur le trottoir tandis que, plus loin un couple traverse la rue dans l’autre direction. Le fond est occupé par quelques voitures parquées (rouge, noir, blanche – trop loin pourtant pour distinguer la marque) et par un grand immeuble ensoleillé (l’hôtel Ceahlaul, pour les connaisseurs). A droite, des gens se promènent à l’ombre d’un bâtiment ayant de petits magasins et d’autres institutions au rez-de-chaussée (on peut deviner une pharmacie au coin de la rue grâce à deux croix vertes, tout ce qui reste de son enseigne couvert par l’infortuné pilier et on distingue aussi l’enseigne – en roumain, mais facile à comprendre – d’un cabinet de gynécologie – « ginecologie » et analyses médicales – « analize medicale »). Un homme tenant par la main une petite fille en robe rouge s’éloigne de l’objectif, tandis qu’un jeune homme avec un t-shirt bleu sur lequel il est écrit quelque chose d’indistinct approche. Enfin, au premier plan et faisant concurrence au pilier, sa famille, toute souriante : père en chemise beige aux manches courtes, pantalon long noir et souliers beiges, fille en robe bleu marine avec un imprimé blanc, sandales beiges, sac-à-main en bandoulière et cheveux longs en dégradé, mère vêtue d’une blouse bleu foncé, pantalon noir et sandales beiges et sœur un peu en arrière, blouse blanche, pantalon bleu marine et sandales – évidemment beiges.

Thursday, February 8, 2018

Patrick Modiano, « La ronde de nuit »

Éditions Gallimard 1969, 156 pages 


Lu du 24 janvier au 7 février 2018

Mon vote :

 

C'est bizarre comment parfois les livres qu'on choisit de lire à un moment donné se regroupent et communiquent entre eux. Quand j’ai commencé "La ronde de nuit," de Patrick Modiano, je venais de finir un essai sur la naissance du concept de nation, dans lequel l'auteur expliquait que les notions de patriote et de patriotisme sont assez neufs, de toute façon non plus vieux que la nation même – environ deux siècles (même en France qui avait acquis pourtant depuis longtemps une grande partie de ses ingrédients – unité administrative, de langue et de territoire), et qu’ils ont été "inventés" par cette dernière afin de lui consolider la position. La trahison de patrie n’a pas été donc un péché capital depuis toujours, et beaucoup de ceux qui ont collaboré pendant la deuxième guerre l’ont fait non par lâcheté ou pour profiter, mais plutôt parce qu’ils croyaient au droit du vainqueur, ou parce qu’ils craignaient le communisme.

Dans ce contexte, le souvenir de la princesse de Lamballe, qui obsède le narrateur, semble devenir non seulement un exemple que les idéaux sont vides de contenu (elle a préféré mourir au nom de la monarchie, qui ne représente plus rien dans le présent,  tout comme maintenant on se meurt au nom de la patrie, qui ne représentera peut-être plus rien dans le futur), mais aussi un exemple qu’un traître pour les uns peut devenir soit un héros, soit un fou incompréhensible pour les autres.

Pourquoi n’a-t-elle pas crié : « VIVE LA NATION ! » Moi je le répéterais autant de fois qu’ils le veulent. Je suis la plus docile des putains.

Tuesday, December 19, 2017

Jean Teulé, « Le magasin des suicides »



- Éditions Julliard, Paris, 2007. ISBN : 978-2-260-01708-0



Lu du 8 au 14 décembre 2017

Mon vote :



Dans un premier temps, j’ai pensé que le roman de Jean Teulé, Le magasin des suicides,  n’était qu’une parodie de la parodie, une sorte d’interprétation à la française de la famille Adams américaine, tant l’humour noir, qui est agressivement présent dès les premières pages, semble parfois facile dans son désir d’épater : l’air compétent des  propriétaires du magasin des suicides, qui suggèrent à chaque client la meilleure façon de se suicider, leur propre famille dans laquelle un sourire est motif de panique, les gestes, les paroles et le comportement qu’ils tiennent absolument à être respectés (par exemple on ne dit au revoir qu’aux clients qui n’ont pas acheté, pour tous les autres c’est adieu), le gâteau d’anniversaire en forme de cercueil et la consolation au lieux des souhaits (« Dis-toi qu’il te reste un an de moins de vivre »), tout cela semble tomber souvent en caricature avec des grosses touches, sans beaucoup de finesse.

Tuesday, October 10, 2017

Françoise Sagan, « Bonjour, tristesse »

 – e-book


Lu du 28 septembre au 5 octobre 2017

Mon vote :


Je regrette un peu, moi aussi, comme tant d’autres lecteurs matures, de ne pas avoir lu Bonjour, tristesse dans ma jeunesse, bien que je me disculpe un peu en blâmant le régime communiste de ces temps-là, qui n’aurait jamais permis la publication et/ ou la traduction d’un tel livre, exemple éloquent du capitalisme pourri J.

J’avais pourtant lu (et en original, grâce à ma professeure de français qui me l’avait prêté) Aimez-vous Brahms, en savourant le style élégant et un peu mélancolique de Françoise Sagan, et c’est de ce style que je me suis souvenu en premier, dès que j’ai ouvert ce roman, écrit à 18 ans en seulement six semaines d’été de l’année 1953.

Il faut dire que l’histoire de la publication de Bonjour, tristesse soit aussi intéressante que le roman même : encouragée à le publier par une amie, Françoise Quoirez le dépose à la maison d’édition Temps modernes, où il va apparaître en 1954, mais non sous son vrai nom, car sa famille avait peur de la publicité et lui a suggéré de chercher un pseudonyme. Grande admiratrice de Proust, elle choisit le nom de son personnage, le Prince de Sagan, (nom beaucoup plus musical, d’après moi, que le sien). Le livre provoque des réactions violentes et contradictoires : admiration pour la qualité de l’écriture d’une part, et indignation pour le développement des thèmes encore tabou dans la société du temps, comme l’amour libre, l’alcool, l’amoralité et l’immoralité, etc. de l’autre. Mémorable est restée l’indignation de François Mauriac, par exemple, catholique fervent, qui écrit un virulent article contre une auteure qu’il appelle « un charmant petit monstre de dix-huit ans », article qui aura des conséquences inattendues pour son auteur, en contribuant amplement à la croissance des ventes du livre. C’est grâce à ce petit roman que Françoise Sagan est aujourd’hui parmi les plus lus écrivains français (selon Wikipedia, il est inclus dans la liste des 100 livres français du siècle).

Wednesday, August 16, 2017

Vladimir Propp, "Morphologie du conte"

 suivi de « Les transformations des contes merveilleux » et de E. Mélétinski « L’étude structurale et typologie du conte ». Traductions de Marguerite Derrida, Tzvetan Todorov et Claude Kahn. – Éditions du Seuil 1973 ISBN 2-02-000587-5 254 p.



Lu du 8 juillet au 13 août 2017

Mon vote :


Parue en 1927, mais devenue célèbre seulement environ trente ans plus tard, la Morphologie du conte de Vladimir Propp a été pendant longtemps, et continue de l’être malgré certaines contestations et modifications, une vraie Bible du folkloriste. Je me rappelle même aujourd’hui les fréquentes références que notre professeur de folklore faisait, en 1985, à cet ouvrage, aussi qu’il était une lecture absolument obligatoire pour tous les étudiants de la faculté de philologie.

Je l’ai relu avec un grand plaisir, surtout parce que sa rigueur convient à ma pensée, et aussi parce que, bien que je ne sois jamais devenue spécialiste en folklore (loin de ça), je continue à être fascinée par les contes merveilleux dans lesquels je cherche, moi aussi, les traces des mythes.

Wednesday, May 10, 2017

Georges Lucaks, "La théorie du roman"

- Traduit de l’allemand par Jean Clairevoye – Editions Gonthier, 1979



Lu du 27 mars au 5 mai 2017

Mon vote :

J’ai essayé de me rappeler, en lisant La théorie du roman de Georges Lukacs, si ce livre était inclus parmi  ceux qu’il fallait étudier à l’université et si oui, pourquoi je ne l’ai jamais lu. Peut-être le motif est, tout simplement, parce qu’il faisait partie de ces fameuses lectures obligatoires que je m’obstinais à ne pas lire comme un proteste silencieux (on était dans les années ’80, la pire période du socialisme roumain), contre tout ce qui avait trait à l’idéologie communiste. En tout cas, je suis restée avec des séquelles et préjugés même trente ans après car, tout au long de cette lecture, les implications marxistes du petit ouvrage ont ombragé pour moi, presque irrémédiablement, son incontestable importance philosophique et littéraire. Voilà pourquoi mes notes de lecture manquent un peu d’enthousiasme, même si, au froid, je dois accepter  sa valeur.

Il semble que les critiques à l’intérieur du Parti communiste dont il faisait partie et qui considérait la plupart des œuvres de Lukacs plus ou moins subversives, aient déterminé l’auteur de refuser une réédition de son essai (paru en 1920) pendant plus de 40 ans. En tout cas, dans l’Avant-propos de la seconde édition, écrit en 1962, il refuse toujours de le considérer une œuvre « essentielle » en le traitant, un peu condescendent, de travail enthousiaste mais assez superficiel, de jeunesse. En se souvenant que l’étude a été ébauchée en 1914 comme une réaction au fait que la social-démocratie de ces temps-là avait approuvé la guerre, contrairement aux opinions de l’intelligentsia de gauche avec laquelle  l’auteur s’identifiait, il se désiste de la méthode utilisée (de créer les concepts généraux à partir de quelques traits caractéristiques d’une orientation, période, pour descendre par après vers les phénomènes singuliers afin d’avoir la vue d’ensemble), qu’il aurait choisie plutôt parce qu’elle était à la mode que parce qu’elle était vraiment efficace. Enfin, le plus grand mérite qu’il trouve à son essai est par rapport à la pensée matérialiste-dialectique :

…la Théorie du roman me semble le premier livre où une éthique de gauche, orientée vers une révolution radicale, se combine à une exégèse traditionnelle et conventionnelle de la réalité.

Wednesday, March 8, 2017

Jean-Marc Léger, Jacques Nantel et Pierre Duhamel – "Le code Québec. Les sept différences qui font de nous un peuple unique au monde"

 – Les Éditions de l’Homme, 2016 ; 240 p. ISBN 978-2-7619-4641-4



Lu du 8 au 28 février 2017
Mon vote:




De ce livre, mes amis Francine et Claude m’avaient parlé avec enthousiasme un soir, devant une tasse de thé au Centre-Ville de Montréal, pendant qu’on attendait voir un film… roumain, auquel c’étaient eux qui m’avaient invitée, car il y a toujours un désir d’échange culturel entre nous – eux, ils veulent apprendre plus sur mon pays d’origine, moi sur le leur, qui peu à peu est devenu aussi le mien. Le lendemain, quand on s’est rencontrés de nouveau, cette fois chez eux,  ils me l’ont prêté volontiers et, malgré le grand nombre de statistiques, la lecture n’a pas du tout été ennuyeuse, au contraire, grâce à l’approche facile que les auteurs ont su donner à leur sujet.

D’ailleurs, le premier d’entre eux, Jean-Marc Léger, est le créateur de la plus grande firme de sondage canadienne, tandis que Jacques Nantel est professeur émérite dans le domaine de marketing à HEC (École des hautes études commerciales de Montréal) et quant à Pierre Duhamel, il est un journaliste spécialisé en économie et en affaires. Avec un tel trio, les résultats ne pouvaient être que les meilleurs.

Friday, February 3, 2017

Henriette Walter, "Honni soit qui mal y pense"

 – Éditions Robert Laffont, S.A. Paris 2001. 446 p. 
    ISBN 978-2-253-15444-0



Lu du 5 décembre 2016 au 30 janvier 2017

Mon vote :


C’est grâce à ma très chère amie Francine et à son grand amour pour la langue française que j’ai découvert Henriette Walter il y a quelques années. C’est elle qui m’a recommandé le premier livre que j’allais lire de cette excellente linguiste, Le français dans tous les sens, tout comme c’est elle qui m’a fait cadeau le deuxième, Honni soit qui mal y pense. Et j’ai retrouvé avec satisfaction dans ce dernier la même façon simple et intéressante de présenter les faits scientifiques sans quand même les vulgariser, la même vivacité et tendre ironie qui avait fait de l’histoire du français un bildungsroman dans le premier volume et qui transforme l’étude comparé du français et de l’anglais dans une histoire d’amour dans celui-ci.

De plus, il a été amusant, en relisant ma critique du Français dans tous les sens, de remarquer que je l’avais commencée avec une histoire de faute d’orthographe drôle (« blé dinde »), dont j’ai trouvé en plaisantant une justification étymologique dans le vieux nom de la dinde – poule d’Inde. Et bien, la lecture de cet étude me permet d’aller maintenant encore plus loin et d’expliquer que le nom du blé d’Inde donné au maïs au Québec est un calque linguistique de l’anglais américain (car le britannique maize n’a jamais été employé aux Etats-Unis où on a préféré corn (qui désignait toute céréale au XVIIe siècle), après l’avoir nommé pour un temps, évidemment, Indian corn !

Wednesday, December 7, 2016

Stefan Zweig, "Marie-Antoinette"

- traduction d’Alzir Hella, Le livre de poche, Éditions Grasset & Fasquelle 1993 ; 506 p. ISBN 978-2-253-14669-8



Lu du 18 octobre au 2 décembre 2016

Mon vote :


Je ne savais pas grand-chose sur Marie-Antoinette avant de lire l’extraordinaire biographie que lui a faite Stefan Zweig. Un petit peu du côte historique – dernière reine de la France avant la Révolution française, décapitée (je pensais) en même temps que son mari, le Roi Louis XVI, un petit peu du côté culturel – une des dernières représentantes du rococo, et un petit peu du côté anecdotique (j’ai n’ai jamais traité de vraie cette histoire) – son supposé conseil au peuple affamé de manger de la brioche. Je n’étais aucunement curieuse de savoir plus d’elle (de cette époque c’est la figure de Robespierre qui m’a vraiment fasciné). Par conséquent, quand une amie, à son retour de France, m’a fait cadeau ce livre, acheté, « directement de Versailles », c’est le nom de l’auteur qui m’a poussé le lire, car je n’étais que modérément curieuse à apprendre de plus sur la vie de cette reine, dont je considérais la célébrité causée plutôt par son destin tragique que par ses exploits.

Néanmoins, la biographie de Stefan Zweig, sans contredire cette opinion, touche plutôt à son humanité qu’à sa personnalité, disons, officielle, la rendant vive, complexe et belle justement dans sa médiocrité, bref, la sortant des pages froides de l’Histoire pour faire d’elle un personnage presque littéraire. D’ailleurs, dès l’introduction, l’auteur nous avoue qu’il a voulu d’une part changer l’image controversée qu’elle a laissée à la postérité (soit de sainte, soit de pécheresse) et d’autre part montrer comment l’Histoire se charge de créer des héros malgré eux, rendant tragique même un être ordinaire, car:

…le tragique existe aussi quand une nature moyenne, sinon faible, est liée à un destin formidable, à des responsabilités personnelles qui l’écrasent et la broient, et cette forme ici me paraît même plus poignante du point de vue humain.

Monday, June 20, 2016

Umberto Eco, "Le pendule de Foucault"

 – (Il pendolo di Foucault) Éditions Grasset et Fasquelle 1990, ISBN 2-253-05949-8, 656 p. Traduit de l’italien par Jean-Noël Schifano



(Re-) lu du 30 mars au 15 juin 2016

Mon vote :


Que je me souviens bien de la première édition (une traduction en roumain) du roman Le pendule de Foucault qui m’est tombée entre les mains dans ma jeunesse, et de la forte impression que m’a laissé cette lecture ! il m’avait tellement fasciné que, comme une vraie émulation de ses personnages, j’ai lu, par après, tout ce que j’ai pu trouver sur les Templiers (incluant Les Rois mauditsJ).

Vingt ans après, comme dirait Dumas, me voici de nouveau émerveillée devant ce chef-d’œuvre d’Umberto Eco, qui, je vous le dis,  sonne aussi bien en français qu’en roumain. Il faudra absolument que ma prochaine relecture soit en italien, mais je me suis senti obligée de le lire cette fois en français, étant donné que la présente édition a été un des premiers livres achetés ici, au Canada, avec l’intention de me refaire la bibliothèque que j’avais dû laisser en Roumanie.

Thursday, June 16, 2016

Edmond Rostand, "Cyrano de Bergerac"

 – ebook


Lu du 7 au 14 juin 2016

Mon vote :


Quand mon groupe de lecture  a proposé pour le mois de juin le texte Cyrano de Bergerac d’Edmond Rostand, une amie à moi a déclaré qu’elle allait le lire seulement après avoir vu la représentation théâtrale. Sage décision, étant donné que ce genre de textes semble conçu plutôt pour être parlé, déclamé, joué, bref vécu publiquement que pour être lu dans l’intimité. Et pourtant, moi, j’ai toujours aimé lire les pièces de théâtre, et, différemment de mon amie, je préfère, si possible, lire avant de voir, apprécier ce que le texte dit avant de m’émerveiller de la façon dont il est reproduit et si je devais absolument choisir entre les deux options, je choisirais toujours la première (sauf s’il s’agissait d’une distribution exceptionnelle, peut-être).

Une première raison de cette décision serait que de cette façon tu peux être sûr d’avoir devant toi le texte intégral et non une variante abrégée par raisons de mise en scène (ou par faute de mémoire des acteurs 😃), ce qui, surtout dans les cas des chefs-d’œuvre, est très important, car chaque mot est irremplaçable, même dans les indications scéniques et les description du décor qui ne se résument jamais à être seulement cela. Et puis, comment pourrait-on autrement capturer l’opinion de l’auteur sur son propre œuvre, étant donné qu’il n’y a pas de voix auctorielle plus impersonnelle et plus discrète que dans le genre dramatique ? C’est seulement par l’entremise de ces indications et de quelques sous-titres et/ ou autres spécifications qu’elle peut trahir un peu son penchant pour le ludique, en influençant, rendre complice ou induire en erreur son lecteur.

Monday, April 25, 2016

Gabriel García Márquez, "Cent ans de solitude"

 – Le livre de poche, 2006



(Re)Lu : du 31 mai au 30 juin 2013

Rating :




Il y a des livres d'une grandeur écrasante. Des livres mystérieux, qui t'incitent et t'illusionnent et qui te refusent leurs secrets même après plusieurs lectures. Des livres vieux comme la sagesse, éblouissants comme un miracle, incitants comme une découverte. Des livres dont on a tout dit, et pourtant on a seulement effleuré le sens.


Dans un univers néanmoins riche en œuvres extraordinaires, ces livres particuliers sont chacun et tous à la fois Le Livre, s'entrelaçant et se détachant en même temps pour créer un monde miraculeux où notre âme se reconnait parmi des idées qui lui sont si familières qu'elle se les revendique. À vrai dire, on aime, on apprécie, on est émerveillé par tant de livres, mais combien parlent vraiment de nous-mêmes? De moi, parlent au moins trois: "L'écume des jours", toutes les fois que je découvre la cruauté et l'insouciance du monde cachées derrière n'importe quelle beauté superficielle, "Les frères Karamazov", toutes les fois que ma conscience me reproche la même cruauté et insouciance envers les autres et "Cent ans de solitude" toutes les fois que je me rends compte qu'il m'est impossible de changer en moi ou dans le monde cette cruauté et insouciance.

Thursday, November 19, 2015

Arthur Rimbaud, "Poésies"

– e-book



Lu du 10 au 21 avril 2014

Mon vote :


L’atrocité de la Lune, l’amertume du Soleil


En relisant ce petit volume de Poésies, m’est venue à l’esprit l’affirmation de Roland Barthes, que le langage poétique moderne commence en effet avec Arthur Rimbaud et non avec Baudelaire et mon fort esprit de contradiction m’a fait penser, dans un premier temps, qu’on peut ramasser assez d’arguments pour démontrer quand même la modernité de ce dernier. Mais je me suis rendu compte par après que, en effet, l’innovation baudelairienne porte particulièrement sur l’image artistique pendant que celle rimbaldienne est centrée aussi sur la technique et le langage poétique. Et que, même si on ne peut vraiment contester au poète des fleurs du mal le rôle du précurseur du modernisme, Rimbaud ouvre une voie encore plus large, car son œuvre contient in nuce plusieurs traits de la poésie postmoderne : la dépersonnalisation du « je », la dépoétisation du langage, l’introduction des passages narratifs, l’accent mis sur le lecteur, les effets cathartiques mais aussi désacralisants de l’ironie, l’esprit ludique – dans une polémique tendre avec toute une imagerie confortablement installée dans des critères esthétique jusqu’alors incontestables :

Tels que les excréments chauds d’un vieux colombier
Mille Rêves en moi font de douces brûlures :
(…)
Doux comme le Seigneur du cèdre et des hysopes,
Je pisse vers les cieux bruns, très haut et très loin,
Avec l’assentiment des grands héliotropes. (Oraison du soir)

Tuesday, August 18, 2015

Henriette Walter, "Le français dans tous les sens"


– Robert Laffont 2005

Lu du 17 juillet au 17 août 2015

Mon vote :


Il y a un ou deux mois je me suis beaucoup amusée en lisant une petite annonce collée sur la fenêtre de mon épicerie : « nous avons blé dinde ». C’est après la lecture du livre de Henriette Walter, Le français dans tous les sens, que j’ai constaté que, sans se rendre compte, la préposée qui avait écrit l’annonce ne s’était pas tellement trompée. Effectivement, le nom de la dinde a évolué du syntagme « poule d’Inde » comme elle était jadis nommée.

L’étude de Henriette Walter est plein de ce genre d’informations à la fois amusantes et intéressantes concernant non seulement l’évolution des mots, mais aussi celle des sens, de la prononciation et de l’orthographe, le tout organisé comme une histoire soit diachronique, soit synchronique du français dont elle révèle les traits historiques, géographiques et structuraux tout en capturant, comme dans un bildungsroman, son évolution dynamique.